Des juges logiques avec eux-mêmes

Quelques minutes avant la proclamation des résultats de la présidentielle du 16 décembre, une partie de l'opinion espérait encore que la Haute Cour Constitutionnelle prendrait une décision allant dans le sens d'un apaisement. Mais, les dés étaient déjà jetés. "Nous pouvons espérer gagner au premier tour car 'est ce qui est juste" (Mahazo matoky dieny izao isika fa handresy amin'ny fiodinana voalohany, fa izany no vokam-pifidianana marina eo ana-trehan'ny tany sy ny fanjakana), avait exprimé Me Jacques Sylla, dans la nuit de la signature de l'accord de Dakar. "La HCC devrait juger en toute honnêteté et confirmer la victoire de Marc Ravalomanana, autrement la colère du peuple s'abattra sur elle", (Mandresy amin'ny fiodinana voalohany i Marc Ravaloma-nana raha mitsara amin'ny fahamarinana ny HCC, raha tsy izany dia hiatra aminy ny fahatezeram-bahoaka) avait renchérit Mox Raman-dimbilahatra, Président du parti Teza.
Comme il fallait s'y attendre, les six conseillers ne pouvaient décider autrement. De plus, quatre d'entre eux, Dieudonné Rakotondrabao, Florent Rakotoarisoa, nom-mé entre temps Secrétaire Général du ministère de la Justice par Me Jacques Sylla, Jean Michel Rajaonarivony, Jeanine Rakivolaharivony Razafintsalama avaient procédé à l'investiture de Marc Ravalomanana, près d'un mois auparavant. Logiques avec eux-mêmes, ils ne pouvaient plus se dédire. C'est ce qui a également et certainement conduit les deux rescapés de la HCC invalidée, Berthe Rabemahefa et Georges Indrianjafy à ne pas participer aux travaux de la nouvelle ancienne HCC. La célérité des travaux de décompte des voix à quelque peu surpris l'opinion. Certaines personnes vont même jusqu'à affirmer que tout avait été préparé bien avant que la Chambre administrative ne se soit saisi du dossier.
"Le décompte a été fait dans les normes et dans les règles", a précisé le Président Marc Ravalomanana. Peut-on donc avancer que les six juges constitutionnels ont laissé au palier du Palais d'Ambohidahy, leurs convictions politiques, qu'ils ont jugé en leur âme et conscience et ont tranché en toute équité. Personne ne peut l'infirmer ou le confirmer, comme personne ne s'aventurera à juger des juges. L'Histoire les jugera.
Remaniée sur la base de la Convention du 31 octobre 1991, cette HCC qui ne devait être que transitoire a survécu à bien des régimes. Elle a statué sur la présidentielle de 1992 qui a porté le Pr Albert Zafy au pouvoir, puis sur l'empêchement de ce dernier en 1996 et la désignation de celui qui sera appelé à assurer l'intérim de la Présidence, en l'occurrence son ancien Président, à l'époque Premier ministre, Norbert Ratsirahonana, et enfin sur la présidentielle de 1996 qui vit le retour à la magistrature suprême de Didier Ratsiraka. Albert Zafy, avait mis cette victoire de son adversaire sur le compte d'une manipulation de ses voix au niveau de la HCC. Bien des partis ont mis en doute l'impartialité de cette formation que la Chambre administrative vient de remettre en selle.
Norbert Ratsirahonana, Président du parti Avi, aujourd'hui, Conseiller spécial de Marc Ravalomanana, dans une lettre datée du 11 septembre 2001, adressée au Président Didier Ratsiraka, avait demandé la mise en place d'une nouvelle Haute Cour Constitutionnelle. Il avait avancé, entre autres, que "les membres de la HCC ont été désignés conformément à l'esprit et aux dispositions de la Convention du 31 octobre 1991. Il est évident qu'avec la mise en place des institutions de la République prévues par la Constitution révisée de 1998, la juridiction dans sa composition actuelle a fait son temps. Par ailleurs, elle a perdu toute sa crédibilité après la proclamation des résultats des dernières élections législatives et communales. Aussi, à la veille de l'élection présidentielle qui constitue un enjeu majeur dans l'histoire de la Nation, nous pensons qu'il y a lieu de procéder à un changement des membres de la HCC". Lors d'un point de presse, celui-ci avait réaffirmé que "si Didier Ratsiraka entend faire la sourde oreille à cette proposition qui va dans le sens d'une meilleure garantie de la transparence et de la légitimité des élections. Il aura gravement manqué à une de ses obligations pour sauvegarder l'intérêt supérieur de la Nation".



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