La légende de Nosy boraha
DE NOSY-BORAHA A LA REINE BETIA, 
OU QUAND LA LEGENDE REFAIT L'HISTOIRE
(suite)
  

   UNE BELLE FARCE A L'HISTOIRE
  

La vérité historique rétablie, affirme que le gouverneur de l'Ile de France avait envoyé Gosse, agent de la Compagnie, reprendre possession de Sainte-Marie. Betia accepta de céder la souveraineté de l'île au roi de France par un acte officiel signé le 30 Juillet 1750. Gosse, entraîné par la cupidité, profana le tombeau de Ratsimilaho pour le piller avec l'aide de quelques colons. Ils furent massacrés par les habitants de l'île en 1754. Son successeur, De Valgny, trouva grâce aux yeux de la population et sut reconquérir sa confiance. 

C'est à ce moment que Betia épousa Louis-Onésime Filet, dit La Bigorne, un gai luron ambitieux et prétentieux, qui laissa à la postérité sa propre version de l'Histoire ? Joyeux drille doublé d'un habile commerçant, La Bigorne, plus prosaïquement, dirigeait les comptoirs de la Compagnie des Indes de 1758 à 1762 à Foulpointe et ses environs, avant de s'éteindre vers 1773, certainement satisfait d'avoir laissé derrière lui, la plus belle farce qu'il pouvait faire à l'Histoire !

Phare Blévec sur l'île aux nattes

Mais c'est Sylvain Roux qui fit de Sainte-Marie une possession française, lorsqu'il y prit pied le 15 Octobre 1818, pour implanter le pavillon national. A l'instar de la garnison et des premiers colons arrivés avec Pronis en 1643, cette équipée dirigée par Sylvain Roux fut décimée par la fièvre ! Voici comment le lieutenant de vaisseau Frappaz décrivit le spectacle de désolation qu'offrait la petite colonie en Novembre 1821: "Chaque jour voyait expirer plusieurs personnes, et les infortunés qui conservaient une vie languissante n'avaient plus d'autre perspective que d'aller bientôt rejoindre les cadavres qu'ils voyaient continuellement enlever. L'espérance avait fui de ce séjour de désolation; et pour mettre le comble à l'horreur de cette situation désastreuse, les médecins étaient malades; les médicaments préparés par des mains inhabiles, étaient trop souvent donnés au hasard; après ce funeste hivernage il ne resta que quelques personnes tout à fait démoralisées, et que le ciel semble avoir conservées pour attester toutes les circonstances de cette déplorable époque."

Sylvain Roux fut congédié par le gouvernement français pour avoir estimé avec légèreté l'ingratitude du climat. Il fut aussi accablé de l'échec de cette mission. Victime à son tour de la fièvre, il mourut le 2 Avril 1823, sans avoir eu le temps d'apprendre la notification de sa révocation.
De Nosy Boraha à l'île Sainte-Marie, d'Hibrahim à la princesse Betia, de la Bigorne à Sylvain Roux, l'histoire de l'île aux Femmes, marie avec bonheur la légende et la réalité !

 

   SUR LES TRACES DES PIRATES ET DE LA PREMIERE... EGLISE
 

 

Au plus fort de la rapine, les pirates trouvèrent à Sainte-Marie comme un havre de paix ! Fatigués de la flibuste et de la grande piraterie, bon nombre d'entre eux choisirent de rester dans l'île pour y prendre femme et fonder un foyer.

Cimétière des pirates au sommet de l'île

Aujourd'hui encore, on peut trouver à l'île aux forbans, au milieu de la baie, un cimetière des pirates avec des pierres tombales abandonnées aux herbes folles. On les reconnaît à la fameuse tête de mort et les tibias croisés, figure emblématique qui ornait le pavillon des pirates au fil des siècles sur toutes les mers du monde. Venus des quatre vents, ils ont pour noms David William, Thomas Tew, Nathaniel North, Englend, Taylor, La Buse, Plantain et bien d'autres tristes célébrités !


Quant à l'îlot Madame, il trône à l'entrée de la baie de Port Louis. Si les pirates n'y ont pas laissé des traces, par contre, l'îlot retient l'attention par le charme vieillot des bâtisses du siècle dernier, dont l'ancienne Résidence du gouverneur détruite par un incendie en 1991. L'île aux nattes complète ce chapelet d'îlots, tous revêtus d'une couverture végétale luxuriante dont l'épaisse verdure et le lourd parfum des tropiques en font un coin paradisiaque irrésistible. Mais Sainte-Marie n'a pas été que l'île des pirates ! Mieux, elle peut s'honorer d'accueillir en son sein, à Ambodifotatra, la plus ancienne église de Madagascar ! Construite en 1859 à un emplacement choisi en 1847 par Mgr Dalmond premier évèque de Madagascar, l'église est fière de son autel offert par la Princesse Eugénie. Les panneaux de fonte qui le constituent, ont été coulés dans les arsenaux de la marine française.

Au loin, on peut distinguer la Grande Terre, estompée par la distance. Une quarantaine de kilomètres que bien des Saint-Mariens ont traversés, laissant derrière eux une île trop recroquevillée sur son passé, pour leur offrir un avenir...
  

Le port d'Ambodifototra  

 

Noro Razafimandimby  

Page réalisée en partenariat avec  Revue de l'Océan Indien

Photos: Paule Mouginet, offertes par Boraha-Village


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