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Entre Toliara
et Morombe se trouve une zone forestière particulière. Le climat sec
du Sud semble écarter toute activité humaine. Sur le sol sablonneux
pousse une végétation spéciale qui résiste à la sècheresse. C'est dans
cet environnement hostile que vivent les Mikea. Tant de choses ont été
dites sur eux. On les a qualifié de personnages mystérieux, capables
de se rendre invisibles. Vintsy a voulu en avoir le coeur net et a effecuté
une visite de ... curiosité chez les Mikea. Carnet de route.
le
trajet
Après
Ifaty, à 17 km de Toliara, les plantes xérophiles bordent la piste sablonneuse.
A perte de vue. Au
fur et à mesure des étapes, les villages défilent aussi pittoresques,
aussi particuliers : ici, le spectacle est effarant : du pallissandre
débité mis en vente sur la place marché pour servir de bois de feu.
Midi trente. Ampasikibo nous acceuille dans le silence d'un village
au repos.
Agnalabo. Une village spéciale où la couleur verte est absente. On a
l'impression que c'est une forêt d'arbres morts. "C'est une des caractéristiques
de la forêt sèche", me dit le guide. Par endroits, des éclaircies, résultats
des défrichements.
Andraketa. Palabre à l'ombre d'un "kily" (tamarinier) avec les notables
du lieu. En quelque sorte une visite de courtoisie avant de pourvoir
pénétrer plus loin. Notre guide Tsimitamby m'annonce discrètement que
nous sommes déjà en territoire Mikea.
La Land Rover effectue des slaloms, les roues enfouies sous le sable.
Un paysage féerique avec à perte de vue, des baobabs. Plus loin, c'est
la fin du parcours en voiture. Les troncs calcinés encore fumants deviennent
dangereux. Et c'est la marche à pied sous le soleil brûlant.
Le "Global Position Satellite" (GPS) de Tsimitamby nous indique avec
exactitude où nous nous trouvons.
les mikea et ...
Après une heure de marche sous un soleil de plomb, nous atteignons Ambarokely.
Un groupe assis à l'ombre d'un "lamoty" (jujubier) nous accueille, hilarant. Des vieux, des femmes et des enfants. Les jeunes sont partis chasser et ne rentrent que le soir. Le plus vieux harangue Jobison, notre accompagnateur : "Akory koahy ! Qui sont ces vazaha que tu nous amènes ? Est-ce qu'ils ne cacheraient pas des armes par hasard ?" Je me suis enhardi à répondre : "Nous ne sommes pas des vazaha. Nous sommes des amis venus vous rendre visite". Etonné par mon dialecte sans accent, le "nahoda" réplique : "Si vous êtes des amis, où sont les paraky (tabac à chiquer) et les cigarettes ?" Le sachet plastique fit merveille en découvrant ses trésors. "Paraky" et cigarettes ont rompu la glace.
...
la forêt
La
forêt constitue le territoire des Mikea. Une forêt à la végétation particulière,
comme si les arbres étaient figés. Ici le troc est la principale forme
d'échange. Les Mikea chassent des hérissons et des porc-épics, recueillent
du miel, pêchent et déterrent des racines de "ovy ala". Les produits
de la cueillette et de la chasse sont exposés au bord du chemin, sans
surveillance. Les passants les prennent et y déposent en échange du
manioc, du riz ou du pois de cap.
Les Mikea pratiquent aussi la culture du maïs. Ce qui explique les défrichements
rencontrés de-ci de-là. Une activité qui, à terme, aura des impacts
certains sur cet écosystème particulier. Une action est à entreprendre
d'urgence.
la
réconciliation ...
Si
vous observez la manière de vivre des Mikea, vous remarquerez qu'il
y a une entière communion entre eux et le milieu dans lequel ils vivent.
Ici on peut apprécier à sa juste valeur le sens du slogan qui prône
la réconciliation de l'homme avec la nature.
Pour
avoir du feu, les Mikea utilisent le silex ou encore ce procédé qui
consiste à frotter des branches sèches.
Dans cet univers hostile, l'eau n'existe pratiquement pas surtout en
saison sèche. Pour y rémédier, les Mikea se servent de la racine du
"baboho" (Dioscoreacées sp.). Ils la frottent au-dessus d'un récipient
pour en recueillir un suc qui servira d'eau pour la communauté.
Les habitations des Mikea sont des huttes rudimentaires. Juste de quoi
se protéger du soleil et de la fraîcheur de la nuit. En fait, ce ne
sont que des campements car la plupart des Mikea sont des nomades. Ils
fabriquent eux-mêmes des matériels pour chasser, comme des pièges. Certaines
femmes tissent.
Côté vestimentaire, les femmes portent juste un pagne. Certains ont
les seins nus. Les hommes sont torse nu, avec un short. Quant aux plus
jeunes, ils sont tout simplement nus.
... avec la
nature
Certaines
personnes ont comparé les Mikea aux Pygmées. La ressemblance est peut-être
valable concernant l'habitat (la forêt) et le mode de vie (chasse et
cueillette). Encore faut-il savoir différencier la forêt sèche des Mikea
de celles humides du Gabon ou du Cameroun.
Pour les Mikea, la forêt est un refuge. Ils ont choisi de quitter la
ville et de vivre dans la forêt. Pour
ne pas avoir à se soumettre aux pressions de toutes sortes : impôt,
état-civil, recensement. Les Mikea ignorent tout cela. Mise à part la
précarité de leur condition de vie - du moins, c'était notre impression
- les Mikea vivent en pleine communion avec tout ce qui les entoure.
Sur leurs visages, aucune trace d'ennui ni de soucis. Un "Mikea's way
of life" tout à fait particulier. Qui dérouterait plus d'un, habitués
que nous sommes à la vie civilisée.
Si nous voulions avoir un exemple de la réconciliation de l'homme avec
la nature, il ne serait peut-être pas superflu d'aller faire un tour
chez nos amis les Mikea.
Au fait, n'oubliez pas le tabac à chiquer, ils en sont tellement friands
que vous en serez remerciés infiniment.
Jeannot RAROJO
Ambarokely, novembre 1998
Photos : D. Halleux et Rarojo
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