Rangitrombilahy ou circoncision royale

"Rangitrombilahy" signifie littéralement aiguiser un taureau. Cet euphémisme mettant en parallèle un taureau dont on aiguise les cornes et un garçon qu'on circoncit traduit bien la solennité, le rang qu'on attribue à tout ce qui a trait au roi et à la famille royale. La cérémonie se déroule normalement après le "Fitampoha" (bain des reliques royales), un autre événement d'une grande importance dans cette région. L'ombiasy (devin) se charge de préciser la date exacte. "Rangitrombilahy" a lieu généralement un vendredi du mois d'Août, mais les préparations durent une semaine. Jadis, les manifestations se déroulaient à Andemba, à une douzaine de kilomètres au Sud-Est de Belo sur Tsiribihina.
Des sacrifices de boeufs, ou Lohavony, sont effectués aux tombeaux royaux à la suite de leur entretien afin d'obtenir la bénédiction des ancêtres.

 

  LA CONTINENCE EST DE RIGUEUR DURANT LES FESTIVITES

Dans la grande cour, on met en place les "aloke", des cases en chaume et en savane qui abriteront les invités. Leur emplacement obéit à des règles strictes. Celle de sa grande taille, doit être érigée à l'Est. Celles des Mpanompobe ou les grands sujets comme les Vohitse, des nobles parmi lesquels on désigne le porte parole du roi, et les conseillers au Sud, les autres sujets dont les devins guérissent au Nord.


Jusqu'à la veille de la date fatidique, le matin de bonne heure, et l'après-midi vers 16 heures a lieu le "Marà". Un rite pendant lequel on crie, on danse au rythme des chants. Durant le "Marà", littéralement turbulent, les enfants à circoncire sont habillés de façon particulière. "Ils portent une couronne de boules de coton pour qu'on les reconnaisse parmi la foule et pour que leur vie soit préservée", explique Eléonore Nérine. Deux bretelles se croisent devant. L'une symbolise la filiation par la mère, l'autre par le père. Les mères et les proches parentes se parent de boules de coton dans leurs cheveux et une mèche est lâchée par derrière. Une continence est observée durant la fête, par les parents car "le plaisir peut distraire dans des moments aussi graves que celui-ci où la prière est de rigueur sous quelque forme qu'elle soit, afin que l'outil de circoncision ne se tourne pas contre l'enfant et provoque un accident parce que les dieux n'auraient pas été, selon la croyance, avec eux". Pendant le Marà, les jeunes gens sont portés sur les épaules des "Renilahy" ou oncles maternels sous les cris d'une foule en délire. Les uns les menacent de leurs sagaies, les autres de leurs fusils tout en tirant en l'air des coups. Tout cela pour marquer et braver leur virilité et leur courage, comme pour les pousser à acquérir une certaine indépendance notamment vis-à-vis de leurs mères qui ne participent, d'ailleurs, pas à ces ébats.

 

  UN NOUVEAU STATUT SOCIAL, PASSAGE VERS UN AUTRE MONDE

Les enfants portent une couronne de boules de coton pour qu'on puisse les reconnaître dans la foule et pour préserver leur vie. Les couleurs rouge et blanc dominent dans leur habillement. Le blanc symbolise la royauté, le rouge le peuple du Menabe.
 

Il faut ici établir des rapprochements entre la forme du pénis en éréction et l'extrêmité aiguisée des sagaies. La foule ainsi formée arraches des herbes et va aux 8 points cardinaux pour les jeter précipitamment afin que les génies (lutins...) qui y vivent soient informés de l'événement et bénissent les enfants. Le fait de ramasser des herbes (mandraoke) symbolise aussi le souhait pour que les enfants amassent plus tard des richesses. A cette occasion, on chante le "Jihe" dont les paroles ne sont en fait que des leçons de bravoure, de bonne conduite, de sociabilité et de bien d'autres vertus.


Très tôt le Jeudi, à la veille du jour J, les Ziva ou parents à plaisanterie du roi vont chercher le "Hazomanga" généralement un Katrafae ou un tamarinier dans la forêt environnante. Il s'agit d'un pieu qu'on érige pour dire que l'on a invoqué les ancêtres. Il porte le nom du plus âgé des enfants de la famille dynastique qui a été circoncis. On ramène, ensuite, ce dernier au Nord du hazomanga qu'on a planté, autrefois, pendant une cérémonie similaire. Ce, pour rappeler que la conquête de cette région par les Maroserana s'est faite du Sud au Nord. Vient ensuite le sculpteur qui va donner au bois la forme du pénis sans les glands. Tous les copeaux sont amassés dans une grande natte et seront déversés dans un fleuve. Jadis, on sculptait et dressait en face un autre hazomanga représentant le sexe de la femme en guise de souhait pour que le garçon ait une vie sexuelle importante.


Durant la nuit, un grand feu est allumé pour chasser les mauvais esprits. Comme il s'agit d'une affaire de souverains, des hommes montent également la garde. Commence alors la veillée de la nuit initiatique, le chaos d'où les enfants à circoncire renaissent, se transforment pour faire place à un sexe bien déterminé le lendemain. Tout cela implique, selon les explications, un nouveau statut social et une appartenance à un autre monde.


Le Vendredi, un trou de 40 cm est creusé. On y verse alors des boissons alcooliques pour "acheter" la vie des enfants car la circoncision est un acte dangereux voire mortel. On asperge également l'endroit de "Fanintsina" (composition spéciale de boisson) pour éloigner le mauvais sort. Le boeuf à sacrifier, au corps blanc et à la tête noire est déjà couché sur le flanc gauche à l'Est du bois. On y place les enfants en nombre pair. Le descendant direct du prince entre les cornes et le plus âgé du côté de la queue. Le nombre pair doit impérativement être respecté et dans le cas où il manque un garçon, on fait appel à un autre enfant de la famille déjà circoncis pour faire l'objet d'un simulacre de circoncision. Le "Rangitrombilahy" est la seule occasion où les princes montent sur un boeuf dans cette société.

 

  LES ENFANTS SONT CIRCONCIS PAR UN "BIBY OLO"


Le souverain se lève et frappe le flanc du boeuf à sacrifier à l'aide de son sabre, tandis que le porte-parole invoque les ancêtres en récitant la généalogie de la dynastie Maroserana du Menabe et présente un à un les enfants à circoncire. En sa qualité de représentant du roi, ses paroles sont réputées être entendues des dieux et du Créateur. Pendant ce temps, le son du tambour sacré (Hazolahy) ainsi que celui de la conque marine l'accompagnent. Comme durant toute les cérémonies royales dans le Menabe, des "Kolondoy" (chants sacrés) sont chantés durant la circoncision proprement dite. Les enfants sont portés sur les épaules de leurs oncles maternels pour être corconcis par un "biby olo" (bête-homme) pour que les garçons ne sachent rien de ce qui va leur arriver.


LE SANG NE DOIT PAS COULER PAR TERRE
 

Autrefois, on utilisait le bambou pour l'ablation du prépuce. De nos jours, les techniques nouvelles de la chirurgie sont autorisées. Tout de suite après, on passe au "takitaky", sacrifice durant lequel toute l'assistance se tourne vers le Sud. Personne ne doit, en outre, être présent à l'Est, du côté du hazomanga. Les "Sazoka" et les "Kinangana", des possédés royaux sont, quant à eux, assis au Nord. On enduit le hazomanga du sant du boeuf. On pose, par la suite, la partie correspondant à sa gorge (sotrohane) sur la pointe aiguisée du pieu pour montrer que la cérémonie a été réalisée sans incident. Les enfants sont, quant à eux, allongés dans des petites cases, une soubique de sable sous leurs jambes, de façon à ce que le sang ne coule pas par terre. 


Photo : Jasaya Tours

Ce sable bien fin a été collecté sur une île, dans un endroit retiré non encore souillé. On asperge les garçons de "Fanintsina", cette eau sacrée symbolisant la vie, la santé et la fraîcheur, pour que leurs blessures guérissent au plus tôt. Le sable sali est jeté dans une eau stagnante pour souhaiter aux nouveaux circoncis une vie pleine de sagesse et de richesse. Le porte-parole annonce, enfin, à l'assistance "que le sang ne coule plus". Il adresse à la foule les remerciements des souverains. "L'ablation du prépuce entraîne, d'après Eléonore Nérine, une transformation biologique primordiale pour la reproduction tout comme la castration chez les boeufs. Un événement décisif pour le nouvel initié car constitue son intégration au groupe et suppose sa participation sociale ultérieure dans ce nouveau monde où il accède en veillant à ne pas en rompre l'équilibre".




Page réalisée en partenariat avec    Revue de l'Océan Indien

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