Une incursion dans la Haute Ville d’Antananarivo au riche passé historique est source de découvertes autant pour les étrangers que les nationaux.

Autrefois siège du Royaume merina, ce quartier abrite de nombreux édifices classés Patrimoine culturel national du pays. C’est le cas entre autres des Palais, tombeaux royaux et divers monuments qui constituent la mémoire de cette vieille ville qu’on ne se lasse pas de découvrir.



Il fut un temps où Manjakamiadana, le Palais de la Reine qui dominait la capitale était le point de départ de la visite de la ville haute. Malheureusement, il ne reste plus que des ruines après son incendie un soir de novembre 1995. Originellement construit en bois, vers 1839, par Jean Laborde, sur le sommet de la colline d’Analamanga, il fut rebâti en pierre par l’architecte anglais James Cameron entre 1868 et 1873 sous le règne de Ranavalona II. A l’entrée principale du Palais se trouve une porte ornée d’une statuette en bronze représentant un aigle. L’oiseau rapace qui symbolise la puissance royale. Au portail nord du Palais se dresse également un bloc de pierre ("vato lahy" en malgache) représentant l’organe sexuel mâle. Symbole de virilité, il signifie en même temps une union entre un groupe (ici, les souverains) et un lieu (le Palais). On l’utilise enfin comme socle de paratonnerre.

Sept autres bâtiments s’ajoutaient au Palais lui-même. Le "Tranovola", au Nord-Ouest, conçu par Legros, était un édifice en bois décoré de dessins incrustés d’argent et de clochettes, également en argent. Devant le "Tranovola", le "Fitomiandalana" (une rangée de sept caveaux) où reposent les restes mortels des souverains (de l’Imerina). "Besakana", la demeure en bois d’Andrianjaka et, par la suite, celle de Ranavalona I se dressait au Sud du Palais. "Manampisoa", la maison de la Reine Rasoherina, a été érigée en 1866 par Pool au Sud-Est du Palais. Au Sud du "Tranovola" et à l’Est de Manjakamiadana, Andrianampoinimerina fit construire "Mahitsielafanjaka", une case traditionnelle en bois. En 1870, à la demande de Ranavalona II, William Pool édifia l’église du Palais qui fut inaugurée en 1880. C’est à cet endroit que l’on célébra la messe officielle de l’indépendance de Madagascar, en juin 1960.

  

  AMBOHIPOTSY, UN LIEU ABANDONNE, VOIRE MAUDIT

Du Palais de la Reine, on peut prendre la direction Sud. A quelques mètres du quartier d’Ambohimitsimbina, on a une vue du lac Anosy aménagé en 1810, sous le règne de Radama I, par James Cameron. Tracé en forme de coeur, le lac fut, à l’origine, destiné à faire tourner une poudrerie sise à Isoraka. La statue en bronze d’un ange vêtu de noir qui trône au milieu du lac et datant de 1926 a été dédiée à la mémoire des victimes des deux guerres mondiales. A proximité, on a le stade de Mahamasina appelé autrefois "Mahamasinandriana" (litt., qui rend sacré un souverain). C’est à cet endroit, plus précisément sur un bloc de pierre (Vatomasina) que Radama II fut sacré roi. Mahamasina a été également un lieu de discours public avant de devenir un hippodrome.

Continuer toujours au Sud permet d’atteindre Ambohimitsimbina. Le nom de ce quartier (signifiant"la colline de la sollicitude") puise son origine au temps de Ranavalona I. On y emmenait les chrétiens - alors persécutés par le Royaume à cause de leur foi en Dieu - pour être jetés, enchaînés, du haut de la falaise d'Ampamarinana. Le quartier soufflait un peu lorsque la Reine, de bonne humeur, daignait grâcier les condamnés. En souvenir de ces martyrs on construisit l'Eglise d'Ambohimitsimbina.

Non loin de là, à Ankaditapaka, Ambaravarambato surplombe le parc botanique et zoologique de Tsimbazaza créé en 1926 par Alfred Grandidier. Ce domaine qui s'étend sur 24 ha abritait un lac artificiel aménagé pour les bains royaux.

Sur la partie Sud de la colline d'Analamanga, on a Ambohipotsy qui fut, pendant la monarchie, un lieu "abandonné", voire "maudit". Les criminels y furent exécutés à coups de sagaies ou décapités. Ces évènements macabres n'empêcherent pas les Français - qui y voyaient un site touristique, - d'y construire un belvédère. A l'intérieur du chalet se trouve une table d'orientation sur laquelle est exposé un plan de la ville. Un projet d'aménagement du belvédère - qui permet de voir les parties Est, Sud et Ouest de la capitale - est en cours.

D'Ambohimitsimbina, au bout de quelques mètres après l'église protestante, il est possible d'emprunter, à gauche, un petit escalier. En se faufilant à travers les ruelles, d'où l'on aperçoit de temps à autre des maisons traditionnelles plus ou moins rénovées, on atteint le lieu dit Amparihindrasahala. Rasahala était l'une des douze femmes d'Andrianampoinimerina qui vivait dans cette partie Sud du Palais. Elle y avait aménagé un étang où l'on venait puiser de l'eau. On raconte qu'elle aurait caché dans les environs des trésors que des gens ont cherché en vain.

Après ce détour à Amparihindrasahala, on peut reprendre la direction Nord, remonter et atteindre Ambatomitsangana. Caché en bas du Palais, ce lieu abrite une pierre levée symbolisant la présence protectrice des ancêtres. Ambatomitsangana offre une vue sur le lac de Mandroseza sur lequel le lieutenant Bernard avait amerri en hydravion en 1926 lors d'une traversée de l'Afrique, et sur Mahazoarivo, lieu de villégiature d'Andrianampoinimerina. En empruntant toujours cette ruelle qui mène à l'ancien Palais de Justice, on croisera un "ravinala" ou l'arbre du voyageur, un réservoir naturel. L'eau qui en jaillit - mélangée avec de la terre rouge - servait autrefois à construire les murs des habitations. Le Palais de Justice construit en 1881 par Parret est, en fait, un prétoire soutenu par 16 colonnes. Plus bas, le Palais d'Andafiavaratra, ancien siège des Premiers ministres de la royauté, est aussi à visiter. Conçu originellement en bois, il a été rebâti en pierre par William Pool vers 1880 après que la construction en dur fut autorisée à Antananarivo par Ranavalona II. Avant la fin du XIXe siècle, il était, en fait, défendu pour les vivants d'habiter dans une maison en pierre, ce matériel ne devant servir qu'à l'édification des tombeaux. Plus tard, le bois commençant à se faire rare, la Reine accorda la permission d'utiliser les produits de la carrière d'Ambohipotsy. Sous la première République, le Président Philibert Tsiranana y installa ses bureaux, de même que le Premier ministre Joël Rakotomalala de janvier à septembre 1976, date à laquelle cet édifice périt sous les flammes. Entièrement réhabilité, il fait aujourd'hui fonction de musée.

  LE KIANJA, ANCIEN MARCHE ET LIEU DE SANCTIFICATION DES SOUVERAINS

A proximité du Palais de Justice, le "Kianja" d'Antsahatsiroa servait de lieu de proclamation des lois et ordres ainsi que des messages des souverains. Les guerriers y prenaient le départ et s'y retrouvaient à l'arrivée. On y procéda également à la sanctification du roi, à la circoncision des enfants royaux ainsi qu'à la célébration du rite des bains royaux. L'on puisait de l'eau dans le lac sacré qui se trouvait à proximité. En face, on peut encore voir les deux maisons jumelles d'Antsahatsiroa et découvrir leur histoire.

La ruelle en pavé qui se trouve derrière l'ancien Palais de Justice mène tout droit à Ambavahadimitafo. Il est recommandé d'y faire un détour pour découvrir le disque de pierre qui n'était autre que le portail protégeant l'entrée du Palais (voir photo fond du titre de cette page) . C'est le seul qui soit pourvu d'un toit d'où son nom Ambavahadimitafo (le portail couvert de toit). Tout près d'Ambavahadimitafo, Ambohitantely a la particularité d'abriter le premier temple construit en bambou en 1863. D'Ambohitantely, Andohalo surgit à travers les ruelles où maisons traditionnelles et rénovées se côtoient.

Vers 1675, à l'arrivée d'Andriamasinavalona au trône, la ville s'agrandit. Ainsi, le souverain déplaça - entre autres - le "Kianja" d'Antsahatsiroa, le marché et le lieu de sanctification des souverains jusqu'à Andohalo. C'est pour cette raison que ce quartier s'appelait autrefois Andohalomasina (Andohalo : à la tête de la vallée, Masina : sacré). Ainsi fut créée la place d'Andohalo. Aménagée par Jean Laborde, elle a vu la naissance des premières activités commerciales qui s'exerçaient alors sous forme de troc. Mais en venant d'Ambohijatovo Ambony ou d'Anjohy, la place Rangita trône au bord de la route, à l'ombre des bougainvilliers et des jacarandas. Rangita, une des femmes qui chantaient pour les gens du Palais, y venait régulièrement travailler sa voix.

 Volana Rarivoson  

Page réalisée en partenariat avec  Revue de l'Océan Indien

Photos: Sébastien NOGRIX


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